Un club sélect en fait son 31e membre
La baie des Chaleurs fait officiellement partie depuis hier (8 mars 2004) des plus belles baies du monde, la 31e à devenir membre du club sélect qui regroupe notamment la baie de San Francisco, aux Etats-Unis, la baie du mont Saint-Michel, en France, et la baie d’Along, au Vietnam.
Cette
reconnaissance couronne près de trois ans de travail de la part des initiateurs
du projet, le promoteur Gilles Soucy, de Pointe-à-la-Croix, et l’hôtelier
Richard Gingras, de Carleton, qui ont sur-le-champ reçu l’appui de la
communauté micmaque d’Eel River Bar, au Nouveau-Brunswick, puis de Gesgapegiag
et de Listuguj, en Gaspésie.
L’annonce a
été faite au Parc national canadien de la bataille de la Ristigouche, qui
commémore la dernière bataille pour la défense de la Nouvelle-France, en 1760.
Ce lieu gaspésien, aux limites du village de Pointe-à-la-Croix et de Listuguj,
a d’ailleurs joué un rôle important dans la sélection de la baie des Chaleurs
par le Club de plus belles baies du monde.
« Nous
nous basons sur les critères de l’UNESCO pour choisir les plus belles baies.
Nous regardons si c’est un bien culturel ou un bien naturel. Dans ce cas,
l’histoire a été nettement prise en compte, notamment la bataille de la
Ristigouche (…) Mais la beauté des lieux a également été retenue comme un
facteur majeur », a expliqué Guy Rousset, président du Club des plus
belles baies du monde.
L’extrémité
est de la baie des Chaleurs débute à Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie, s’étend
sur près de 200 km jusqu’au fond, à Pointe-à-la-Croix, puis repart vers l’est,
tout en face, à Campbell ton, au Nouveau-Brunswick, jusqu’à l’Île Miscou. Une
portion du côté gaspésien de la baie, la pointe Miguasha, à Nouvelle, est un
site du Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999, parce qu’il s’agit d’un
site fossilifère remontant à 365 millions d’années.
Le club a été formé
aux lendemains du Salon international du tourisme de Berlin en 1997. C’est une
démarche de Vietnamiens désireux de protéger la baie d’Along et demandant
conseil à des Bretons qui a débouché sur la nomination des premiers candidats
au palmarès des plus belles baies.
Au Québec, la
baie de Tadoussac a été la première à se qualifier. C’est d’ailleurs dans cette
communauté que le dernier congrès mondial du Club des plus belles baies a été
tenu, en mai 2003. Une délégation de la baie des Chaleurs s’y est d’ailleurs
rendue, en préparation de l’audition de Paris du 14 novembre suivant. Les
Gaspésiens ont bien répondu aux 100 questions du comité de sélection, note Guy
Rousset, aussi dg du groupe hôtelier Dufour.
Soulignant que
le prochain congrès mondial aura lieu en 2005 sur les bords de la baie de
Bodrum, en Turquie, M. Rousset a mis au défi les gens de la baie des Chaleurs
de déposer leur candidature pour la suite des événements. « Nous n’avons
pas de candidature pour 2007 et 2009 » a-t-il dit.
Si le maire de
Tadoussac, Pierre Marquis, l’hôte du dernier congrès mondial, a un conseil à
donner aux Gaspésiens et aux Néo-Brunswickois, c’est bien de déposer leur
candidature. « Tadoussac en a retiré une publicité extraordinaire. C’est
impossible pour une petite municipalité de se payer des pages complètes, comme
la couverture que nous avons eue en 2003 dans le Figaro, dont le tirage
est de trois millions de copies par jour. Vous venez de faire un grand
pas. »
Le Club des
plus belles baies du monde travaille actuellement à la préparation d’un guide
de voyage trilingue, un peu à la mode Michelin.
L’acceptation
des candidates est loin d’être automatique. Ainsi, la rade de Marseille ne
s’est pas qualifiée, surtout pour des motifs environnementaux. Une baie
peut-elle perdre son appartenance au Club? « Une grande verrue de
pollution peut un jour remettre en question l’adhésion de la baie. Si un grand
pétrolier se brisait dans la baie de Tadoussac, nous devrions remettre en
question cette adhésion », note M » Rousset.
Des membres de la coalition gaspésienne Retour à l’expéditeur, opposés au projet d’incinérateur à Belledune, au Nouveau-Brunswick, lui ont demandé comment il réconciliait l’établissement de cette industrie polluante et l’adhésion de la baie au Club. « Quand nous avons fait l’analyse, Bennett n’était pas là (l’incinérateur et en construction). Mais nous ne l’ignorions pas. Richard Gingras et Michel Bujold nous avaient fait part de ce projet, très honnêtement. C’est d’ailleurs un élément de crédibilité de leur dossier », précise M. Rousset, qui se dit prêt à écrire des lettres aux gouvernements pour que le projet de Bennett soit écarté.
Souce :
Gilles Gagné, Le Soleil du mardi 9 mars 2004.